❄️ La malédiction de la file d’attente.

Les coûts irrécupérables.

Hey Snowballers !

Bienvenue dans la toute première édition d’Econ 101. Si vous avez oublié pourquoi vous recevez cet e-mail, voici une petite piqûre de rappel :

Pourquoi ECON 101 ? Ceux qui connaissent un peu le système américain savent que les cours à l’université sont souvent nommés avec des numéros après l’abréviation de la matière pour indiquer le niveau de difficulté, l’année, etc. En général, la première année, vous pourrez suivre ECON 101, MKTG 101, FIN 101, etc. En deuxième année, vous passerez sur des concepts plus complexes avec ECON 202, etc. et ainsi de suite.

Le numéro 101 est souvent utilisé pour des classes d’introduction à une matière.

Aux USA, beaucoup d’étudiants, même celles et ceux qui ne veulent pas forcément être diplômés en finance ou en économie, décident de suivre en première année le célèbre cours ECON 101.

C’est très différent en France.

Un étudiant en école d’ingénieur, ou n’importe quelle autre discipline ne sera pas forcément exposé aux concepts économiques de bases qui sont pourtant si précieux.

En effet, comme nous le dit Michael R. Strain, un Économiste qui publie également des chroniques sur Bloomberg :

Economics 101 matters. The standard introductory class for college students, and its textbooks, shapes the way millions of people think about markets, the economy and society. Indeed, they serve as the only formal exposure to economics for most people in a variety of professions.

Bref ! Tout ça pour dire que l’économie, c’est important, et pas seulement pour les économistes ! Pour vous, pour moi, pour vos enfants, pour vos maris et femmes, pour tout le monde.

Comment s’inscrire (ou se désinscrire) à ECON 101 ?

C’est très simple, RDV sur votre compte Snowball (www.snowball.xyz) et sélectionnez (ou désélectionnez) ECON 101.

Cette édition est envoyée à tous les abonnés (Premium ou non), mais les prochaines seront réservées aux Premiums (avec de temps en temps une édition gratuite).

Les coûts irrécupérables (le sophisme du Concorde)

“J’ai déjà passé 20 minutes dans cette file d’attente ! Pas question que je parte maintenant.”

3 heures plus tard…

“Bon… J’aurais peut-être dû partir avant, ça n’avance pas…”

Je pense que vous avez déjà toutes et tous été face à cette fameuse notion des coûts irrécupérables qu’on appelle souvent le sophisme du Concorde. Avant d’en arriver à l’explication qui se cache derrière le Concorde (oui, oui, l’avion) expliquons rapidement le concept des coûts irrécupérables.

En économie comportementale ou en business, on parle de coûts irrécupérables (sunk costs en anglais) quand ces coûts ont déjà été engagés et ne peuvent pas être récupérés. Du temps, de l’argent ou encore des morts dans le cas des guerres, sont tous des coûts irrécupérables. Ils sont opposés aux coûts futurs (les coûts prospectifs) qui eux peuvent être évités selon nos décisions.

Et c’est là que ça devient super intéressant ! En effet, la plupart des économistes s’accordent sur le fait que pour prendre des décisions rationnelles il ne faut pas prendre en compte les coûts passés (les coûts irrécupérables), mais seulement les coûts à venir.

Vous commencez à comprendre la toute première phrase :

“J’ai déjà passé 20 minutes dans cette file d’attente ! Pas question que je parte maintenant.”

Cette décision est basée sur un événement passé : le temps passé dans la file d’attente. Ce temps est un coût irrécupérable. Une décision plus logique aurait été de réfléchir aux coûts à venir. En sachant qu’il y a de grandes chances que je passe de longues heures dans cette file, alors je peux choisir ou non de supporter ces coûts futurs et donc de prendre une décision rationnelle qui n’est pas basée sur les décisions passées.

Malheureusement, beaucoup de personnes pensent qu’un investissement justifie de futures dépenses. Trois exemples dans la vie de tous les jours :

  • Je commande une pizza vraiment pas bonne du tout. Vu que je l’ai payée, je vais me forcer à la manger. Le fait de manger une mauvaise pizza est une forme de coût qu’on aurait pu éviter si le prix de la pizza n’avait pas été inclus dans l’équation de prise de décision.

  • Je commence un livre et au bout de 50 pages je me rends compte qu’il est vraiment nul. On a souvent tendance à se dire que vu qu’on a déjà passé une bonne heure à lire ce livre, il vaut mieux le continuer jusqu’à la fin même si on aurait pu faire quelque chose de plus utile. Pareil pour un film.

  • Ça fait 10 ans que je joue au loto tous les jours, j’ai dépensé des milliers d’euros. Vu que j’ai dépensé tant d’argent, je dois continuer à jouer pour essayer de récupérer ces pertes… Mauvais raisonnement…

On en arrive donc à l’histoire du Concorde.

Le développement du Concorde, l’avion de ligne supersonique franco-britannique, a été un gouffre financier gigantesque. Plutôt que d’arrêter l’hémorragie financière, les deux gouvernements ont décidé de prendre en compte les coûts R&D déjà engagés pour justifier de nouveaux investissements. Le coût initial estimé de développement du Concorde était de 70 millions de livres (311 millions en prenant en compte l’inflation). Finalement, le programme aura coûté près de 1,3 milliard de livres ou l’équivalent de 3,4 milliards aujourd’hui soit 11 fois plus que prévu. En toute logique, ce programme aurait dû s’arrêter plus tôt.

Parfois, les coûts irrécupérables sont pris en compte dans les prises de décisions pour des raisons de politique, d’égo, de prestige ou alors d’image. Par exemple, un entrepreneur qui dépense des millions en coûts irrécupérables pour arriver à développer son produit malgré les échecs peut être perçu comme quelqu’un de motivé et de persévérant…

Mais pourquoi tombons-nous dans le piège des coûts irrécupérables ?

  • On déteste perdre ! Ce problème de raisonnement lié aux coûts irrécupérables est très lié à l’aversion pour la perte des êtres humains. On déteste perdre et on préfère souvent tenter de récupérer ou de justifier ce qu’on a perdu en dépensant encore plus.

  • On ne veut pas admettre qu’on a fait une erreur. On garde notre cap et on investit davantage pour justifier d’anciennes décisions (cf. le Concorde).

  • On ne veut pas gaspiller. Même si on sait que ce n’est pas rationnel, nous avons du mal à nous dire que des investissements passés seront tout simplement perdus à jamais (“gaspillés”).

Prendre en compte les coûts irrécupérables dans ses finances perso

Prenons quelques exemples que vous pourrez utiliser dans votre vie de tous les jours et en tant qu’investisseur :

  • Consacrer votre temps à des choses plus utiles si vous vous rendez compte qu’une activité dans laquelle vous avez beaucoup investi peut vous coûter cher dans le futur. Ce n’est pas parce que vous avez passé 10 ans dans une entreprise que vous devez continuer d’y travailler si vous ne vous sentez pas épanouis.

  • Ce n’est pas parce que vous avez consacré des mois à un projet qui ne décolle pas que vous devez absolument y consacrer encore du temps et de l’argent…

  • Si vous avez investi dans une action et que celle-ci s’écroule pour des raisons valables comme une forte perte de parts de marché et un très mauvais management, alors il vaut mieux se séparer de ces actions pour éviter de futures pertes encore plus fortes. Un investissement passé ne doit pas justifier ces pertes. Attention, si vous pensez que la chute est temporaire c’est une tout autre histoire et dans ce cas il faut investir davantage. :)

  • Vous continuez à placer de l'argent dans un investissement financier qui perd de l'argent. Vous vous accrochez en espérant qu'il se rétablira un jour. C'est ce que signifie l'expression anglaise "throwing good money after bad" qu’on traduit par jeter l’argent par les fenêtres, mais qui traduit mal cette notion de coûts irrécupérables.


That’s it! 

Vous pensez que certaines personnes de votre entourage pourraient se sentir concernées par les coûts irrécupérables (j’en suis certain) ? Transférez-leur cet e-mail ou cliquez sur le bouton ci-dessous :

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Bonne fin de semaine à toutes et à tous, et à dimanche soir pour les abonnés Premiums !

Yoann. ❤️